indiquaient le rang social du jeune guerrier et son appartenance à une lignée. Au fil des années, le corps entier pouvait ainsi être tatoué, à l'exception du visage (sauf aux Marquises où les chefs appréciaient beaucoup de se faire tatouer le contour des yeux et de la bouche, sans oublier le lobe des oreilles et le nez...), de la paume des mains et de la plante des pieds.
Selon les archipels, le tatouage pouvait varier, tant dans les motifs que dans la finesse d'exécution. Différentes «écoles» ont existé, mais c'est assurément aux Marquises et aux Gambier qu'on a découvert les thèmes les plus élaborés. A Tahiti et dans les îles de la Société en général, la censure qu'ont exercé les missionnaires durant le XIXè siècle a bien failli occulter définitivement cette pratique ancestrale.
Les motifs les plus courants représentaient des lignes brisées, en forme de Z, mais aussi des formes géométriques très classiques, carrés, cercles, rectangles, triangles, chevrons, souvent répétés plusieurs fois. Les hommes avaient une prépondérance pour les représentations d'oiseaux et de poissons, sans oublier leur adoration pour leurs dieux qui se manifestaient sous la forme d'imposants tiki aux allures menaçantes. Quant aux femmes, elles étaient généralement plus discrètes, et se contentaient de tatouer leurs poignets, leurs bras et parfois leurs jambes. Quelques-unes s'essayeront avec audace au tatouage du visage, notamment le pourtour des lèvres, renforcé par des lignes droites parallèles. Les femmes qui venaient d'enfanter se faisaient tatouer la main droite.
La majorité des enfants étaient voués au tatouage dès leur douzième année, une coutume qui marquait le passage à l'âge adulte. Les parties du corps le plus couramment tatoués à cet âge étaient les hanches, les fesses et les épaules.
Aux Australes, on avait une prédilection pour de larges bandes horizontales dentelées, similaires aux motifs de leurs tapa, qu'on apposait sur les bras et les épaules.
Aux Gambier, le «ko'iko», se singularise par un dessin original, constitué d'un grand cercle divisé en quatre parties égales par une croix plus claire, et qui était tatoué dans le bas du dos. Les anciens se tatouaient les paupières et les lèvres (!).
Aux Tuamotu, les motifs géométriques constituaient la base du tatouage, notamment des damiers noir et couleur chair chez les hommes, rehaussés par des chevrons et des lignes parallèles sur les bras et jambes. Sur l'île de Rangiroa, le plus grand archipel des Tuamotu, les hommes étaient entièrement tatoués, visage inclus et les motifs utilisés étaient prolongés de dessins de flammes ou de dents de requin.
Aux Marquises, les hommes se tatouaient le cuir chevelu, mais aussi la langue (!), les paupières et les narines. Les femmes, très altières, savaient mettre en valeur le lobe de leurs oreilles et les phalanges des mains grâce à des motifs fins et élégants.
Depuis une vingtaine d'années, le tatouage est devenu pour tous les Polynésiens une manière de perpétuer leur art ancestral. Grâce aux reproductions exécutées par les illustrateurs européens du XVIIIè siècle qui avaient accompagné les découvreurs, les motifs du tatouage n'ont pas été totalement «oubliés». On les retrouve, sous différents aspects, dans les tapa, mais aussi sur des pétroglyphes redécouverts au XXè siècle aux Australes et aux Marquises.
A l'heure actuelle, il est possible de se faire tatouer dans de nombreuses îles, selon des procédés modernes et très sûrs : le ministère de la Santé polynésien a mis en place une charte du tatouage et répertorie les tatoueurs agréés.
